Parce qu’ils parlent tous les deux du mouvement des Gilets Jaunes, il me semblait intéressant de faire une analyse comparative des Braises de Thomas Kruithof et de Dossier 137 de Dominik Moll. L’extimité, l’intimité, le couple, les manifestants, les dérives : tous deux traitent de ces sujets, de façon évidemment différente mais toujours intéressante.
Les braises, un couple en mouvement
Karine et Jimmy (Virginie Efira et Arieh Worthalter) forment un couple uni, toujours très amoureux après vingt ans de vie commune et deux enfants. Elle travaille dans une usine de quiches ; il est chauffeur routier et s’acharne à faire grandir sa petite entreprise (qui ne connaît pas la crise). Lorsque surgit le mouvement des Gilets Jaunes, Karine est emportée par la force du collectif, la colère, l’espoir d’un changement... non seulement pour les autres, mais aussi pour elle. A mesure que son engagement grandit, l’équilibre du couple vacille.
Le scénario est extrêmement bien ficelé : aux côtés de Thomas Kruithof à l’écriture, Jean-Baptiste Delafon, également à la production. Ce qui est intéressant au delà du pur traitement des gilets jaunes, c’est celui du couple : on assiste parallèlement à la progression des gilets jaunes, les limites de leur mouvement mais aussi à celle d’un couple soudé mais parfois usé.
C’est un titre qui résonne autant pour la passion amoureuse que pour la contestation. Il parle de ce qui couve, de ce qui hésite à flamber ou à s’éteindre, cet entre-deux où se tient le film – entre tension sociale et fragilité intime. On est au plus près de ce couple, on ressent ses grosses secousses comme ses micro-agressions. (Thomas Kruithof, réalisateur)

A ce titre, le duo incarné par Virginie Efira et Arié Worthalter fonctionne très bien (et leur belgitude n’a sans doute pas d’égal leur talent). La comédienne est incandescente, son partenaire aussi. Elle en femme courage, en leader du mouvement local, vive et drôle ; lui en forçat de la nature tout aussi courageux que son épouse, en mari concerné mais qui sent sa femme s’éloigner (et réciproquement).
Dossier 137 brûlant
Dernier film de Dominik Moll, Dossier 137 est en apparence une affaire de plus pour Stéphanie (incarnée par Léa Drucker), enquêtrice à l’IGPN, la police des polices aka « les boeufs carotte ». Lors d’une manifestation tendue au sein de la Capitale, un jeune homme est grièvement blessé par un tir de LBD. Restent à éclaircir les circonstances pour établir une responsabilité.
Mais un élément inattendu va troubler Stéphanie, pour qui le dossier 137 devient autre chose qu’un simple numéro : la victime principale est originaire, comme elle, de Saint-Dizier (#LorraineReprésente).
Si d’autres films se sont emparés des violences policières, notamment Les Misérables, prix du Jury à Cannes 2019, Dossier 137 excelle par sa simplicité, presque chirurgicale en tous cas journalistique… du moins dans un premier temps. Les violences policières sont également soulignées dans le film Les braises mais dans une moindre mesure dans le sens où ce n’est qu’un des aspects des gilets jaunes parmi d’autres.

Dans les deux cas, ce sont deux films forts et particulièrement réussis.