Rencontre avec Frédéric Chau (Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu ?)

© Lucie de Azevedo Felix

Pour Les Lettres de Lucie, Frédéric Chau revient sur le succès de Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu mais aussi sur son parcours et ses projets à venir.

© Lucie de Azevedo Felix
© Lucie de Azevedo Felix

Tu es à l’affiche d’un film qui connaît un immense plébiscite, comment vis-tu ce succès et comment l’expliques-tu ?

Il est vrai qu’à l’heure où je te parle, le film en est à 10 354 000 spectateurs. Je crois que la force du film, c’est qu’il rassemble des gens de 7 ans à 77 ans. L’identification se fait sur 3 générations et c’est justement à travers cette identification que le public peut être touché.

Il est toujours difficile de répondre à cette question car ça voudrait dire qu’on aurait les clés du succès ; or si on en avait vraiment les recettes, on les appliquerait pour tous les films. Néanmoins à la lecture du scénario, il y avait quelque chose de flagrant, c’est que c’était drôle. Mon identification dans le personnage de Tchao était assez évidente. Puis il y avait des scènes qui étaient complètement possibles. Finalement, très peu de scènes étaient caricaturales, de celles qu’on peut souvent voir au cinéma. Enfin, le film peut surprendre par les rôles proposés ; ici, un Arabe est avocat, un Chinois est banquier, un noir est comédien et bizarrement un juif, entrepreneur raté.

Ca a changé des choses professionnellement suite au succès de ce film ?

Au jour où tu me poses la question (qui est, je le rappelle, le 9 juillet soit la date de ton anniversaire, de tes ** ans), le film est en salles depuis 2 mois et demi, donc il est trop tôt pour dire que ça a changé des choses professionnellement parlant. Mais désormais je suis plus facilement identifié par mon nom. Frédéric Chau ça parle aux gens, ce qui n’était pas le cas avant ce film (on était obligés de parler de « l’Asiatique du Jamel Comedy Club). Aujourd’hui mes projets se débloquent plus facilement.

Le personnage de Chao est bien sous tous rapports, il incarne une certaine tempérance par rapport aux deux autres rôles masculins. Te retrouves-tu dans ce personnage ?

Il est proche de moi dans le sens où culturellement, les Asiatiques sont beaucoup plus introvertis, plus pragmatiques et réfléchis. Même s’il ne faut pas généraliser, je sais que dans ma culture on est plus effacés et le personnage va dans ce sens là. Je pense que dans l’esprit collectif, les Asiatiques sont perçus ainsi. De même que les Juifs et les Arabes semblent plus extravertis, plus frontaux aussi.

Ta femme est très émotive dans le film, comment expliques-tu ce choix ?

Les deux personnages sont complémentaires, mon personnage admire sa femme pour ses spécificités et inversement. C’est pour cette raison que leur amour est très fort, il était donc important de le montrer à l’écran.

Ton premier rôle au cinéma est chez Costa Gavras, tu peux nous en dire un peu plus ?

Oui , quand on m’a dit Costa Gavras, j’étais comme un dingue… J’avais un petit rôle.  Mais à force de petits rôles, on nous en confie de plus importants. C’est ainsi qu’on construit un parcours finalement.

De quel genre cinématographique te sens-tu le plus proche ?

Je suis fou de cinéma coréen, je trouve que c’est le meilleur en termes de scénario, en structure et à la fois en folie. Leur cinéma est assez violent mais cette violence est légitime. Je suis allé plusieurs fois en Corée ; là-bas les gens sont très introvertis mais ils dissimulent une grande part de folie. Là-bas, il y a une grosse pression sociale, il leur faut donc des soupapes de décompression. C’est pourquoi ils vont très loin dans la créativité artistique, mais c’est tellement bien amené scénaristiquement que tu en prends plein la tête. Parmi mes grands classiques, The chaiser à I saw the devil, Mother, Old Boy ou encore Bitter sweetlife.

Mes envies artistiques se concentrent sur d’autres genres que la comédie, comme le cinéma d’auteur. J’ai un cursus théâtral classique donc j’ai appris à appréhender un panel de jeu très ouvert.

Tu sens que la comédie peut t’enclaver dans ce genre, au risque de ne plus en sortir ?

Non parce que je fais des choix assez précis. Par ailleurs, j’ai envie de croire en l’intelligence des gens. Si on prend des comédiens comme Tahar Rahim, Leila Bekhti ou Omar Sy, tous césarisés, on voit bien que la France n’est pas aussi cloisonnée que ça.

Quels sont tes projets à venir ?

J’écris un film qui s’appelle Made in China que j’espère tourner l’année prochaine. Il traite de la communauté asiatique en France et donc de la double culture. Autrement dit, comment vit-on au quotidien quand on est issu de l’immigration ?

Quand je sortais à l’extérieur, j’avais le sentiment d’être en France ; quand je rentrais chez moi, j’étais en Chine et mon pallier c’était la frontière. Ca pouvait donner l’impression de créer une bipolarité et c’est complètement lié au métier que j’exerce aujourd’hui.

Chez les asiatiques, le moyen de communication, c’est la non communication. Il y a des codes diamétralement opposés dans les deux cultures, tels que le tactile, l’expression des sentiments. D’ailleurs, c’est bien traité dans « In the mood for love de Wong Kar Wai où tout est suggéré, la relation amoureuse etc.

Ce que je veux aborder dans ce film c’est toute la spécificité de l’Asiatique, celle qu’on n’évoque jamais. Pourquoi ? Parce que c’est une communauté qu’on ne connaît pas, puisqu’elle est refermée sur elle-même. Ma génération est liée à une immigration très récente (on n’a qu’une quarantaine d’années, pour la plus grosse vague). Les générations à venir seront tellement ancrées dans une forme de communautarisme qu’il y aura nécessairement des revendications de leur part.

Une question que j’aime bien : Qu’aimes tu faire lorsque tu as du temps libre à Paris ?

Je suis un passionné de poker. C’est un jeu où l’espace temps n’existe plus, même si c’est le cas pour toute passion. Mes deux autres plaisirs, c’est bien manger et voyager (j’ai été Stewart pendant 14 ans). J’étais en week end à Copenhague dernièrement, je suis allé à Naples aussi. Le prochain sera voyage sera le Cambodge et la Birmanie, de préférence en hiver.

 

Share