The son, de pères en fils

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Après The Father, l’auteur, dramaturge et désormais réalisateur Florian Zeller, revient avec l’adaptation de sa pièce Le Fils, toujours en anglais et tournée aux Etats-Unis. Avec pour rôles titres Hugh Jackman et Laura Dern en parents démunis face au profond mal-être de leur fils, l’auteur sonde les rapports parents-enfants mais aussi ce qu’est la dépression vécue par un adolescent en passe d’être adulte. Un film sensible, une mise en scène remarquable.

Prisonniers du passé

Dans le film, le personnage incarné par Hugh Jackman, Peter s’est séparé de Kate, Laura Dern avec laquelle il a eu son premier fils Nicholas, âgé d’environ 18 ans (formidable Zeth McGrath dans le rôle). Ce divorce pour une autre femme, Beth, avec laquelle il a également eu un fils encore bébé au moment où l’intrigue débute, a eu des répercussions profondes et durables chez l’adolescent. En assistant en spectateur impuissant au mal-être de sa mère, son empathie d’enfant est allée bien au-delà du raisonnable, bien au-delà de ce qu’un fils devrait éprouver « normalement » lorsque ses parents se séparent. Or, c’est cet événement qui génèrera ensuite ce spleen largement diffus en Nicholas, cette inadaptabilité permanente au monde.

Hugh Jackman et Zen McGrath - Crédit photo Rekha Garton - Film 4 - Ingenious Media Droits d'auteur : Photo Rekha Garton - Film 4 - Ingenious Media
Hugh Jackman et Zen McGrath –
Crédit photo Rekha Garton – Film 4 – Ingenious Media
Droits d’auteur : Photo Rekha Garton – Film 4 – Ingenious Media

Si ce n’est toi c’est donc ton père

En questionnant son passé, le personnage de Peter remonte inexorablement à ses rapports au père, joué par Anthony Hopkins comme un clin d’oeil au film précédent. Dur, ce père qui a toujours privilégié sa carrière à sa famille, lui rit au nez en affirmant non sans cynisme qu’il est pathétique pour un homme de 50 ans de ne pas pouvoir tourner la page de l’enfance lacérée, comme un signe d’immaturité. Or, s’il est clair que nous sommes toujours prisonniers de notre passé, il s’avère dans le film que les fils sont inéluctablement prisonniers des agissements de leurs pères, et même pire, condamnés par leurs propres agissements, et, in fine, par leur propre volonté. Evidemment, il faut éviter de tomber dans des procès trop faciles et une culpabilité trop vite trouvée. Pourquoi ? Parce qu’en privilégiant une carrière ou un bonheur conjugal, on ne souhaite pas forcément faire du mal à ses enfants. Certains enfants à la place de Nicholas auraient beaucoup mieux vécu cette séparation.

Ce qu’interroge avec force sensibilité et pertinence Florian Zeller c’est aussi, et surtout, la dépression, comme un rouleau compresseur qui broie tout sur son passage et le bonheur en premier lieu, ne fût-ce que la capacité à le ressentir ou s’en laisser la possibilité.

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