Les courts métrages réussis du Worso

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Jeudi dernier au Max Linder, cinéma mythique, étaient projetés les courts métrages des productions du Worso dont Sylvie Pialat est à la tête.

Le ticket d’Ali Marhyar : tragicomédie à l’état pur

Dans son premier court métrage en tant que réalisateur, Ali joue le rôle d’un jeune homme qui emprunte le costume de l’un de ses amis pour un rendez-vous galant. En prenant le métro sans ticket, il ne se rend pas compte des lourdes conséquences qu’il devra ensuite payer. Transféré dans un centre de réfugiés, il devra à tout prix prouver qu’il est français afin de ne pas être renvoyé dans le pays de ses origines, le Maroc, alors que son pays d’origine est la France.

Ce court métrage pose à la fois la question de l’intégration et de la perception que l’on a de ces Français d’origine étrangère. Un thème classique mais bel et bien au coeur de l’actualité, qu’Ali Marhyar parvient à traiter avec humour et tendresse, en seulement quelques minutes. A noter qu’il a été assisté de Fanny Sidney, comédienne remarquée dans 10 pour cent.

Pour un premier essai, c’est une réussite car le jeune comédien/réalisateur marque cette première réalisation de sa patte, aussi singulière que son caractère.

La collection d’Emmanuel Blanchard : un drame rétro parfaitement maîtrisé

Emmanuel Blanchard s’est entouré du réalisateur Thomas Kruithof, remarqué et remarquable pour son premier long métrage La mécanique de l’ombre dont j’avais fait la critique. Dans « La collection », un univers sombre est clairement mis en place. On sent toute la menace de la Shoah, la guerre qui fait rage, même si l’intrigue se déroule au sein d’appartements feutrés. Un commissaire priseur entend racheter les collections d’arts des propriétaires de confession juive. Cette dépossession matérielle est le symbole de la Shoah : on retire à des individus ce qu’ils ont comme tradition, ce qu’ils sont ou ce pour quoi ils sont identifiés.

Les misérables de Ladj Ly : la rage à l’écran

Les Misérables, un film de Ladj Ly

Tout est parti d’un fait divers : une bavure policière filmée par le réalisateur, qui a valu une enquête de l’IGPN, la police des polices (aussi appelés les boeufs carottes). De cette expérience, il a décidé d’en faire un court métrage qui deviendra un long. Faisant partie du collectif Kourtjamé, porté par Romain Gavras, Kim Chapiron, ou encore Vincent Cassel, présents à la projection.

On suit la BAC dans les quartiers dits sensibles pendant leur « ronde », une nouvelle recrue ayant rejoint l’équipe. Cette nouvelle tête est incarnée par Damien Bonnard, comédien remarqué dans des courts faisant partie de la sélection des césars puis des longs, comme « Rester vertical » (produit lui aussi par le Worso). La ronde tourne mal quand ce dernier s’en prend physiquement à l’un des jeunes visés par la BAC.

L’énergie portée par le film et toute la tension non dissimulée de ces policiers (et surtout celui brillamment incarné par Alexis Manenti) qui portent en eux une rage manifeste donne une couleur à l’ensemble qui deviendra, à coup sûr, un grand film de société.

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