Grace (Jennifer Lawrence) et Jackson (Robert Pattinson) fuient New York, et s’installent dans la maison familiale de ce dernier dans l’immensité sauvage du Montana puis y fondent une famille. Trou paumé s’il en est. Mais quand leur fils naît, lasse et en proie à une solitude grandissante, Grace sent sa réalité lui échapper. Peu à peu, elle perd pied, fragilisée par une maternité qu’elle affronte presque seule.
La solitude d’une mère
Très vite, Grace tombe enceinte ; très vite, elle devient cette mère qui se sent seule, esseulée en effet par un Jackson de mari qui rentre de plus en plus tard et mari dont elle trouve des boîtes de capotes dans la voiture (qui évidemment lui sert à aller travailler, trou du cul de l’Amérique oblige !)
Grace est seule, oisive ; elle sent le temps s’étirer, l’ennui s’installer.

Une lente plongée dans la folie
Grace perd pied et toute la mise en scène le signifie : la lenteur, d’abord. Fidèlement dépeints, les errances de cette mère en plein désarroi. Et puis, il y a cette scène : celle d’une femme qui caresse les blés avec la lame d’un long couteau de boucher, couteau qui sert à couper le gâteau d’anniversaire de son fils d’un an. Le malaise est posé. Le cadre est donné. Animale, la jeune mère se meut tel un félin : mention spéciale pour Jennifer Lawrence qui livre une prestation remarquable. Elle se montre (à) nu, fêlures et rondeurs toutes dehors et on salue la prestation : celle d’une artiste véritable, d’une femme dans tout ce qu’elle a de plus vrai. Et à Hollywood, ce n’est clairement pas monnaie courante (coucou Demi Moore&The substance).
C’est un roman difficile, très sombre, avec une temporalité éclatée. Je ne voulais pas aller exactement dans cette direction. Je m’en suis un peu détachée. Je voulais introduire de l’humour, conserver l’animalité et la sexualité du personnage, mais en faire avant tout une histoire d’amour — une histoire d’amour folle — plutôt qu’un film uniquement centré sur le post-partum.
©MUBI
L’ombre de la mort
Très vite, on sent tout le poids de cette famille atypique : celle de son mari, celle qui tient en son sein un oncle suicidé (en se tirant une balle dans le cul, littéralement : quelle drôle d’idée !)
En effet, la mort plane : compte-tenu du fait que le suicide est la première cause de mortalité chez les jeunes mères, on a la sensation que le personnage de Grace est sans cesse sur le fil, ou plutôt au bord du précipice de la mort : prête à sauter. C’est sans aucun doute la tension la plus forte du film. Un appel morbide qui tranche avec la candeur d’un bébé, l’innocence d’un enfant qui, lui, n’a pas demandé à naître.
