Guillaume Gouix, le jeu par nécessité

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Crédit photo : Romain Rigal

Lucie : Guillaume, tu as déjà joué dans des comédies au style décalé, tels que Mobile Home ou le très poétique Attila Marcel, Gaspard va au mariage n’échappe pas à la règle, est-ce que tu préfères cet univers qui se démarque de ce qu’on voit habituellement ?

Guillaume Gouix : Moi ce qui me plaît surtout c’est la nécessite qu’ont les cinéastes à faire des films. Je ne me pose pas trop la question du genre en lui-même quand je réponds à un projet. Ce qui me plaît, c’est le côté amoral de ces réalisateurs, que ce soit Sylvain Chomet ou François Pirot, Antony (Cordier, réalisateur de « Gaspard va au mariage »), ils ont une vision particulière : ils ne jugent pas les gens, ils ne mettent pas de morale dessus, ce qui est très poétique car ils aiment les gens comme ils sont.

Lucie : Notamment dans la relation entre le frère et la soeur qu’il ne juge absolument pas. 

Guillaume Gouix : Oui, il ne met pas d’affect dans les sentiments, les gens peuvent se dire des horreurs  avec le sourire et ça me touche beaucoup. J’aime aussi les comédies un peu décalées.

Lucie : Ce que j’entendais par là, c’est que comme le disait Antony Cordier, on s’attendait à ce que le personnage de Felix Moati finisse avec celui de Laetita Dosch à la fin, mais que ce soit par ce qui se passe entre le début et la fin, ou encore le ton donné, on n’a pas forcément l’impression d’être dans une comédie dans laquelle on sait ce qui va se passer. C’est un ovni de comédie.

Guillaume GouixOui, il a ce culot, l’arrogance  de l’enfance. Parfois il se fait des petits plaisirs avec des mises en scènes pures comme la scène de la danse, ce film est un peu insolent, et c’est ce qui me touche beaucoup.

guillaume-gouix dans Gaspard va au mariage

 

Moi je n’ai jamais été dans des films de pur marché, j’ai fait des polars qui restaient tout de même dans la veine des films d’auteur. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui fait vibrer les cinéastes qui ont un peu de poésie. Le cinéma qui m’attire c’est celui des gens qui ne font pas de compromis, tant que je peux aller dans des films de gens qui ne pensent pas le cinéma comme un commerce, je suis ravi d’y être.

Lucie : Dans le film, ton personnage est plus rationnel que les autres, moins fantasque que sa sœur même si ce cartésianisme tend à s’estomper vers la fin du film. Comment as-tu appréhendé cela lors du tournage ?

Guillaume Gouix : En effet, c’est un personnage qui n’écoute pas sa propre poésie, sauf à la fin. Pour moi, c’était un mec qui faisait beaucoup de choses très concrètes, tout le temps ; il rangeait, il classait ses affaires, ils donnaient à manger aux animaux. C’était le terrien, le point d’ancrage de la famille. J’ai essayé d’être le plus concret et le plus manuel possible. Ce que j’aimais le plus, c’est qu’il pouvait tout dire sans affect : « je ne t’aime pas » comme s’il disait « passe-moi le sel ! » Il avait un côté étonnant.

guillaume-gouix dans Gaspard va au mariage

Lucie : Le décalage avec les autres protagonistes résidait aussi là dedans. Seul le personnage de Marina Foîs était davantage dans la même veine que le tien. 

Guillaume Gouix : Oui, c’est aussi un personnage qui a des choses à faire. Certains ont le temps de rêver, d’autres sont dans l’urgence. Au final, ils se décalent un peu de leur place initiale.

 

Lucie : J’avais été très influencée par ton rôle dans « Attila Marcel », très lunaire :  je me disais que tu apportais de la poésie malgré ton côté très cartésien. Et même si tu es un formidable comédien qui interprète à merveille les rôles qu’on te confie, tu apportes (en l’occurrence) malgré toi une certaine sensibilité et un côté délicieusement étrange qu’on ne peut nier. 

Guillaume Gouix : Il est vrai que j’essaye de ne pas avoir conscience des raisons pour lesquelles on me choisit, de ce que je dégage. Effectivement, l’idée de ne pas construire un personnage tout noir ou tout blanc. J’ai été confronté à ce problème quand je tournais dans le film de Lucas Belvaux sur le front national. Les gens me disaient « Mais c’est horrible, le mec on l’aime bien ». Ce qui est intéressant quand tu joues, c’est toujours ce qui émeut la personne. Là même si mon personnage est écrit comme étant un gestionnaire, l’intérêt c’est de trouver ce qui l’émeut, en l’occurrence, voir son frère revenir, de le voir gâcher son talent, d’avoir le mauvais rôle : celui qui annonce les mauvaises nouvelles à sa soeur. Finalement, on arrive à capter ce qui peut l’émouvoir et qui va le rendre un peu plus humain.

Lucie : Je te confirme que j’ai été influencée par tes rôles précédents (comédies plus art&essai), car je lisais un portrait de toi dans Next de Libé et le journaliste pensait voir arriver un « voyou » et au final il disait avoir envie « d’être ton pote au bout de même pas 10 minutes ». 

Guillaume Gouix : C’est vrai que c’est souvent le cas dans les films dans lesquels j’ai joué qui ont rencontré un succès auprès du public c’est « Braqueurs », « La French » ou « Les Revenants » où je campe un psychopathe. Parfois les gens ont l’impression que je suis un loubard mais j’essaye de ne pas trop m’en soucier. De toutes façons, l’image que les gens ont de moi, je suis obligé de faire avec. Moi à part être ce que je suis et essaye de changer un peu, je peux pas trop faire autrement.

Lucie : Dernière question, quels sont tes prochains projets ? J’ai vu que tu allais tourner dans le film de Guillaume Nicloux ». 

Guillaume Gouix : Oui, aux côtés de Gaspard Ulliel et de Gérard Depardieu. C’est un film de guerre sans guerre, sur la peur des soldats durant la guerre d’Indochine. Je n’ai pas encore vu le film mais j’ai adoré bosser avec lui. C’est un réalisateur qui n’a peur de rien, qui tente tout. Il pousse les acteurs très loin, dans des conditions extrêmes : dans la jungle, au Vietnam 1 mois et un demi durant. C’était dingue. Quant à Gaspard (Ulliel), il est tellement à l’opposé de moi en tant qu’acteur, qu’il me fascine. J’ai moins joué avec Gérard Depardieu en revanche, mais je l’ai beaucoup vu sur le tournage. Je trouve que c’est le plus grand acteur, celui qui m’a le plus fasciné, et même davantage qu’un De Niro. Il a une insolence, une poésie, une féminité qui m’a toujours captivé. C’est un monstre quoi, c’était incroyable de le rencontrer. Alors bien sûr c’est troublant car c’est un homme complètement entier, sans compromis. Mais c’était chouette.

Je vais commencer à tourner le premier long d’un jeune réalisateur de 18 ans qui s’appelle Nathan Ambrosioni. Ca s’appelle « Les drapeaux de papier », autour d’un rapport frère/soeur. Je tourne aux côtés de Noémie Merlant, Sebastien Houbani (Noces) et il y a Alysson Paradis qui est aussi ma compagne.

Un grand merci à Guillaume qui a pris le temps de cet entretien, ainsi qu’à Ciné Sud qui l’a organisé et au Terrass »Hotel qui a accueilli la press junket.

guillaume-gouix- les lettres de lucie

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