D’affrontement en Révélation(s)

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Davy Sardou et Francis Huster au sommet de leur art

L’un est jeune séminariste, l’autre, prêtre reconnu par ses pairs et sa paroisse. L’un est interprété par Davy Sardou, l’autre par Francis Huster, tous deux remarquablement.

Pièce écrite il y a 17 ans par Bill C. Davis, Steeve Suissa nous livre aujourd’hui une mise en scène des plus savoureuses. Lors d’une messe, un jeune séminariste interpelle un prêtre extrêmement populaire et plébiscité par tous. S’ensuit un débat théologique qui tourne vite court. Mark Dolson le nerveux (Davy Sardou) est confié à Tim Farley, sommité dans la prêtrise (Francis Huster) pour prendre des leçons de tact. In fine, c’est l’élève qui donnera des leçons à son Maître, des leçons de foi mais aussi d’humanité.

Toute la force de cette pièce réside à la fois dans la vivacité de ses dialogues, la verve des personnages, leur a propos et souvent, leurs répliques sarcastiques, laissant au spectateur le plaisir d’apprécier tout le comique de la pièce. Véritable satire des rapports entre un prêtre et ses fidèles, ô combien dévoués, la pièce pose  également d’autres questions.

L’Eglise en pleine crise de foi

Ainsi, l’Affrontement nous plonge dans de profondes réflexions autour de la foi et surtout, son exercice. Le Père Farley se comporte comme un animateur télé lors de ses grandes messes dominicales-d’ailleurs, ne parle-t-on pas de grande messe pour évoquer certains divertissements ? En bon showman, le prêtre sait ce qui plaît à ses fidèles (pour ne pas dire fans) et le leur donne pour performer le denier du culte, ultime sentence chiffrée qu’il compare à l’audimat. Les fidèles sont comme des annonceurs qui déterminent nos parts de marché. Est-ce ça au fond l’Eglise, une machine régie par l’économie de marché ? La crise de foi n’a jamais été aussi proche…

Deux hommes pour deux visions de la religion

Ce sont deux exercices de la religion qui se posent ici : l’un pratique une sorte de prêtrise ronronnante mais confortable, disant aux fidèles ce qu’ils ont envie d’entendre; l’autre, plus idéaliste, rêve de révolution au sein de l’Eglise, d’un renouveau en somme. Ecrasé par le poids de la hiérarchie et d’une tradition persistante, le Père Farley incarne un de ces purs produits de l’Eglise qui ne se rebelle jamais. Pour autant, cette subordination à la Règle le pousse vers d’autres penchants compensatoires : l’alcool, et, le devine-t-on, la gente féminine. Dolson est d’un tout autre genre : il revendique un renouvellement des règles, tel que l’accès des femmes au sacerdoce ou encore des homosexuels.

C’est ainsi que le jeune séminariste pose les questions de fond à son supérieur hiérarchique. Si leur rapport est toujours dans la confrontation-on la sent en filigrane durant toute la pièce, elle laisse peu à peu la place à une certaine tendresse entre les deux hommes. Une complicité est palpable, bien qu’en permanence dans l’affrontement.

Mettant en opposition deux visions de l’Eglise, mais aussi de l’exercice de la foi, l’Affrontement pose les vraies questions en matière de religion mais aussi des raisons qui nous poussent à s’y consacrer : probablement la peur de solitude et le besoin de repères. Si les réponses ne sont définitives, l’interrogation lancée par cette pièce, elle, fera longtemps écho en nous…

Un affrontement intérieur

En définitive, l’affrontement porté à la scène n’est pas seulement celui entre les deux protagonistes mais marque aussi la volonté de s’affranchir des codes établis et d’affronter ses propres démons…ses addictions ou ses limites en somme.

A travers une mise en scène des plus émouvantes, ponctuée de morceaux qui s’adressent directement à l’âme, cette pièce ne peut que toucher son spectateur. Le jeu de Davy Sardou et Francis Huster est en totale harmonie; chacun incarne au mieux son personnage,  laissant ainsi percevoir toutes les subtilités de caractère : Dolson le révolté au grand coeur, Farley l’autoritaire résigné.

Une pièce à ne manquer sous aucun prétexte : on en ressort bouleversé.

Succès oblige, la pièce joue les prolongations jusqu’au 30 décembre 2013 au Théâtre Rive Gauche : http://www.theatre-rive-gauche.com/theatre-l-affrontement.html 
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