Pas son genre à Belvaux…et pourtant.

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Phénoménologie des genres

Lucas Belvaux, d’ordinaire habitué aux thrillers, revient au cinéma avec un film d’un nouveau genre, qui n’est pas le sien.Pour cette comédie dramatique, il oppose un philosophe, une coiffeuse, et leur vision du monde.

Clément, jeune professeur de philo parisien-et mondain est muté dans un lycée d’Arras. Ce qu’il considérera d’emblée comme une expédition punitive changera sa vie. La rencontre de Jenifer, jeune coiffeuse pétillante et haute en couleurs bouleversera ses (in)certitudes. La relation qu’ils construiront sera à leur image; faite de questions et de doutes.

Ce qui est particulièrement bien vu par Lucas Belvaux, ce sont les stéréotypes véhiculés par ses personnages. Clément incarne l’érudition, bien que le propre du philosophe est de ne rien savoir (le fameux ἕν οἶδα ὅτι οὐδὲν οἶδα, je sais que je ne sais rien de Socrate); Jenifer a la connaissance de la vie. D’ailleurs, Clément la juge kantienne (cf critique de la faculté de juger) car elle distingue le jugement empirique de la vérité absolue, pour être claire.

Typologie des clichés

Le réalisateur s’est attaché à convoquer deux personnalités ambivalentes pour mieux faire ressortir leurs caractéristiques respectives. L’opposition se joue sur plusieurs niveaux : tout d’abord le clivage Paris/province. Les clichés abondent; la suprématie de la capitale sur une province jugée vide et inintéressante. De plus, Jenifer est coiffeuse; elle incarne donc tous les codes de sa profession (les plus répandus) : elle est blonde, racines visibles, maquillée à l’eye liner bleue voire pailleté les jours de fête, porte un vernis satiné; mélange 3 voire 4 couleurs différentes de vêtements et lit Anna Gavalda. Elle appelle Clément son « chaton », chante au karaoké tous les samedis dans une robe pailletée. Clément, lui, est discret, distingué; aime les femmes qui lui rendent bien; il écrit des livres de philosophie, est de tous les vernissages parisiens. Ses parents auraient aimé qu’il fasse médecine; son père a fait l’ENA, ils vont à l’opéra et boivent un Sauterne millésimé.

Autopsie des sentiments

Outre les clichés, Lucas Belvaux a parfaitement observé l’évolution des sentiments chez ses deux protagonistes. Si Jenifer prend tout son temps avec Clément, c’est parce qu’elle est à la recherche du fameux « prince charmant »; or ce dernier n’est pas prince-mais très charmant. Elle lui résiste pour mieux l’attraper ensuite. Mais au fond, la coiffeuse ne saura jamais si le philosophe l’aimait vraiment; comment extraire l’amour du plaisir charnel ?

Lorsque Clément est questionné par Jenifer sur ses sentiments, il a toujours la même réponse : il ne sait pas. Entre doutes et peur de souffrir, la jeune femme vivra quelques tourments… car elle est bien plus intelligente que ce qu’on imaginerait spontanément-grave erreur. Et son discours est très juste : pourquoi Clément n’est-il point jaloux ? Vivre des moments de bonheur absolu en vaut-il la peine lorsqu’on sait qu’ils sont possiblement voués à disparaître ? Souffre-t-on davantage de les avoir vécus ou de ne pas les avoir connus ?

Autant de questions et de références qui feront écho chez les spectateurs, à n’en pas douter.

Un film qui mérite sa place dans la tête de ses spectateurs. Pas son genre est définitivement le mien.

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